Cette alliance a toujours été présente dans l’histoire du mobilier, de manière plus ou moins affirmée. Le mouvement Art & Craft est sans aucun doute le courant le plus caractéristique de cette union. Il a touché tous les arts mais nous allons particulièrement nous intéresser aux arts décoratifs cher à notre magazine.

L’Art & Craft est né en Angleterre dans la seconde moitié du XIXème siècle, à l’initiative de William Morris, fabricant de meubles, proche de la classe populaire. Il fût fortement influencé par les théories de John Ruskin, écrivain et poète passionné par l’époque médiévale et les bâtiments anciens, qui prônait entre autre un retour à une alliance des arts et de la nature.

A cette époque, l’industrialisation se développe grandement et s’impose dans tous les domaines. L’industrie du meuble n’est pas épargnée et le principal souci des fabricants est de produire en grande quantité pour générer un maximum de bénéfices sans pour autant se soucier de la qualité, ni de l’esthétique des meubles. Progressivement, les ménages se retrouvent envahis par un ensemble de meubles et objets sans intérêts et de mauvaise qualité.

William Morris comprend alors très vite qu’il y a urgence à produire à nouveau de beaux meubles et objets pour la maison, afin de ne pas affecter le patrimoine mobilier. Pour atteindre son but, il définit un courant de pensée qui rapproche la production de meuble de l’artisanat. 

William Morris — Wikipédia

Selon William Morris, seul le travail fait à la main peut permettre un rendu de qualité. Un positionnement osé à une époque où la majorité prône l’industrialisation !

Mais il persiste. Face aux conditions de travail désastreuses dans les usines, il affirme que l’ouvrier doit évoluer dignement. Seul un homme épanoui dans l’exercice de ses fonctions peut produire un rendu de qualité. Et pour s’épanouir l’homme doit également participer pleinement à la fabrication de son ouvrage. Cet épanouissement rendra alors l’ouvrier plus heureux mais aussi l’objet plus beau, par le supplément d’âme qui s’en dégagera.

Il affirme également que la belle esthétique, celle qui résulte d’un travail fait main, doit être présente partout, du plus petit objet que l’on peut trouver dans une maison à l’architecture de cette dernière.  Tout doit être pensé avec minutie, tout doit être réalisé avec soin. Qu’importe la grande série pourvu qu’on ait de beaux objets, agréables à l’œil ! On est alors loin des préoccupations industrielles de l’époque.

Du point de vue stylistique, en revanche, William Morris se rapproche des théories de l’industrialisation, en ce sens qu’il prône pour une production de meubles aux lignes fluides, épurées, en laissant de côté la fioriture décorative que l’on trouvait dans le passé. Pour lui, ce qui fait la beauté d’un ouvrage réside dans son essence même, c’est à dire dans sa structure, dans la manière dont il est assemblé et non pas dans le détail décoratif qui vient l’habiller.

Mais la théorie ne suffit pas. William Morris va tout faire pour donner vie à ce courant de pensée dont il est le chef de file. Il va développer des écoles qui feront perdurer l’enseignement des techniques traditionnelles : l’ébénisterie, la marqueterie, la poterie, la tapisserie par exemple.

Motif période Art & Craft – Salle à manger

Le mouvement Art & Craft va également inciter les artisans à quitter les villes pour se réunir en corporation (comme les guildes du Moyen-Age) et mieux se concentrer sur leur production, partant du principe que seul un bon environnement peut permettre de trouver l’inspiration et la sérénité pour mener à bien des projets. Et il va de soi que pour les défenseurs de l’Arts & Crafts, les villes, berceaux de l’industrialisation, étaient de loin le pire endroit pour mettre en place leurs théories qui prônaient un retour à la nature.

Un peu partout en Europe centrale, aux États-Unis et en Scandinavie, on voit alors apparaitre des communautés d’artisans qui donnent naissance à des meubles entièrement fait main, 100% matériaux naturels, bois, terre cuite, émaux, et qui correspondent à la ligne stylistique préconisée par le mouvement : simple et économique.

L’influence du mouvement Arts & Crafts jusqu’à nos jours.

Dans la première moitié du XXème siècle, le Bauhaus puis le mouvement de l’Architecture Moderne, bien que fervents défenseurs de l’industrialisation, s’en rapprochent : même idéal d’un meuble ou d’une architecture allant à l’essentiel, même idéal d’un objet né de la main du créateur et de celle de l’artisan réunies. Ces quelques mots de Walter Gropius, fondateur du Bauhaus, qu’il a écrit dans son manifeste du Bauhaus en 1919 sont révélateurs :

« Architectes, sculpteurs, peintres ; nous devons tous revenir au travail artisanal, parce qu’il n’y a pas d’art professionnel. Il n’existe aucune différence essentielle entre l’artiste et l’artisan. » 

L’Art Déco, dans les années 30, s’en rapproche également du point de vue esthétique: lignes simplifiées, épurées, disparition ou stylisation du détail décoratif.

Aujourd’hui encore on peut ressentir son influence. Collaboration des designers avec des artisans, utilisation de techniques et matériaux ancestraux, ligne épurées. Seules les motivations changent.

A l’origine, l’Arts & Crafts prônait un retour à une production manuelle pour contrer l’émergence d’un mobilier industriel de mauvaise qualité et sans intérêt esthétique mais aussi pour des valeurs morales liées à l’épanouissement de l’homme et à ses conditions de travail.

 

Aujourd’hui, les designers reviennent à une production artisanale pour des critères stylistiques mais aussi pour des raisons budgétaires et stratégiques, ces derniers ne trouvant pas d’autres moyens de voir leurs projets édités. Et même les grandes maisons d’éditions de meuble, qui ont des chaînes de productions industrielles, suivent la tendance en produisant des pièces à dimension artisanale. William Morris serait sans aucun doute ravi de voir que ses théories ont été comprises de nos jours, même par ses détracteurs de l’époque. En effet aujourd’hui, la tendance et la qualité esthétique des meubles et objets sont des paramètres essentiels qui ne sont nullement négligés par les industriels du meuble ! Comme le dit le titre du livre de Raymond Loewy, grand designer industriel, penseur et graphiste américain du XXème siècle, « la laideur se vend mal ». Et les industriels l’ont bien compris !

 

 

Les valeurs du mouvement Arts & Crafts.

Le mouvement d’Arts & Crafts se caractérise principalement par une philosophie, une façon de repenser l’art et l’artisanat du XIXème siècle, à l’ère où l’industrialisation se fait de plus en plus présente.

L’origine du mouvement

Né en Angleterre dans les années 1860, le mouvement d’Arts & Crafts (en Français : « Arts & artisanats ») se répand partout dans le monde jusqu’en 1910. Apparu à l’époque de l’Angleterre Victorienne, le mouvement artistique réformateur représente une vision et une philosophie de l’art décoratif, architectural et mobilier instauré par William Morris et John Ruskin. Equivalent de l’Art nouveau belge et français, l’Arts & Crafts se fait également une place aux Etats-Unis avec la création de la première confrérie d’Arts & Crafts en 1897.

Papier peint imaginé par William Morris

Ce sont William Morris et John Ruskin qui sont à l’origine de ce mouvement. Bien que William Morris ait connu le succès et soit devenu le chef de file du mouvement Arts & Crafts, John Ruskin a également contribué à ce courant de pensée. C’est en effet lui qui explique dans son livre « The Stones of Venice », comment le mouvement d’Arts & Crafts réussi à contrer l’industrialisation du 19ème siècle.

Le mouvement d’Arts & Crafts est apparu à l’ère de la révolution industrielle. A cette époque, l’Angleterre dominait le monde en termes de développement industriel : les usines à charbon se développaient, les classes ouvrières étaient regroupées dans des villes construites spécialement pour eux, la fabrication en série permettait d’apporter de plus en plus de bénéfices et de rendement aux entreprises…

Face à ce changement de société, Morris et Ruskin ont décidé de se révolter contre l’industrialisation, la déshumanisation de l’ouvrier et la mort du travail artisanal.

 

Les valeurs morales et idéalistes de l’Arts & Crafts

Inquiets par l’évolution rapide du progrès industriel, les penseurs de l’Arts & Crafts avaient pour objectif de réhabiliter le travail fait main, de réapprendre et de sauvegarder les techniques traditionnelles. Selon Morris et Ruskin, le mobilier industriel fabriqué en série n’était pas esthétique et était surtout de mauvaise qualité.

De plus, ils considéraient qu’un ouvrier ne pouvait s’épanouir dans un environnement malsain et désagréable, en travaillant à la chaine… En guise de révolte, des groupes d’artistes-artisans se sont exilés dans les campagnes et ont repris une vie traditionnelle, simple et proche de la nature. Ils ont commencé à réapprendre des techniques artisanales telles que la poterie, l’ébénisterie, le tissage du textile, la céramique… Chaque mobilier fabriqué était donc unique et fait à la main. Pour mettre en avant ce courant de pensée et pour faire perdurer l’artisanat, les initiateur du mouvement d’Arts & Crafts ont développé plusieurs écoles afin de former les artisans à la poterie, la tapisserie, la broderie, l’émaillage…

Les valeurs esthétiques du mouvement

L’un des objectifs de ce mouvement artistique est de lutter contre la laideur des productions industrielles.

Chaise d’inspiration Art and Crafts de William Morris

Pour cela, l’important est de réaliser des œuvres de façon artisanale avec des matières premières naturelles telles que le bois. En utilisant les techniques traditionnelles, l’Arts & Crafts établi un nouveau code influençant le design d’aujourd’hui. Dans les créations de l’époque, on retrouve souvent du mobilier épuré et simple, laissant apparaître les symboles de la nature (animaux, végétaux…).

La création d’un meuble doit avoir pour objectif d’être beau et utile à la fois, améliorant la vie quotidienne des gens à travers les arts décoratifs. Beaucoup de designers ont été inspiré et influencé par le mouvement d’Arts & Crafts comme Frank Lloyd Wright, Gustav Stickley, Eliel Saarinen, Josef Hoffmann…

 

 

Grâce à la philosophie de William Morris et John Ruskin, de nouveaux courants sont apparus comme l’Art Nouveau, le mouvement Mingei au Japon, le mouvement viennois de Sécession ou encore le mouvement du Bauhaus.

 

 

Découvrez quelques designers de l’Art and Craft qui ont marqué l’histoire 

 Gustav Stickley, (né le 9 mars 1858 à Osceola, Wisconsin, États-Unis – mort le 21 avril 1942 à Syracuse, N.Y.), concepteur et fabricant de meubles américain qui a largement créé ce que l’on a appelé le style Mission.

Stickley a appris les techniques de base de la fabrication de meubles dans une usine de chaises de Pennsylvanie appartenant à son oncle. Après un certain temps, il a repris l’usine et, en 1884, il l’a transférée à Binghamton, dans l’État de New York. Il a brièvement expérimenté des conceptions dans le style Art nouveau à la mode avant de lancer, vers 1900, une nouvelle ligne de meubles en chêne robuste dont les vertus de simplicité, de fonctionnalité et de solidité de la construction étaient pour Stickley l’expression des valeurs démocratiques.

Il a créé les Craftsman Workshops à Syracuse en 1901 et a commencé à publier le magazine mensuel The Craftsman pour faire connaître ses idées et ses conceptions à un public plus large. Bien qu’il doive beaucoup au mouvement britannique Arts and Crafts, Stickley était un designer très original qui appliquait ses idées non seulement aux meubles mais aussi aux accessoires décoratifs de toutes sortes. L’une des caractéristiques les plus populaires de The Craftsman était une série de modèles de maisons destinés à convenir aux revenus modestes, un des intérêts du mouvement Arts and Crafts, fondé sur le socialisme chrétien.

Charles Rennie Mackintosh a vécu du 7 juin 1868 au 10 décembre 1928. Architecte, designer et aquarelliste, il était fortement associé au mouvement Arts and Crafts et est devenu le principal représentant de l’Art nouveau en Écosse. Il n’a jamais connu le succès ou la reconnaissance qu’il aurait dû avoir à son époque, mais il est devenu depuis une icône extrêmement influente, une superstar du monde du design : un homme aujourd’hui largement, bien que tardivement, célébré à Glasgow, la ville qu’il a quittée par désespoir en 1914.

Le souci du détail de Mackintosh était fanatique : dans l’école de Scotland Street, par exemple, les tuyaux d’eau chaude étaient acheminés sous les patères, ce qui signifiait que les manteaux des élèves étaient chauds et secs à la fin de la journée. Mais ce souci du détail, que certains ont attribué à un autisme limite de la part de Mackintosh, signifiait également que les projets qu’il dirigeait étaient rarement, voire jamais, rentables. Après 1910, les commandes se font de plus en plus rares, et Mackintosh se tourne vers l’alcool.

En 1913, Mackintosh démissionne de son partenariat avec Honeyman et Keppie, et en 1914, lui et Margaret s’installent à Walberswick, sur la côte du Suffolk. Cela tombait mal : après le début de la Première Guerre mondiale, les étrangers exotiques au style de vie bohème, aux accents étranges et qui recevaient des lettres de l’étranger étaient traités avec beaucoup de suspicion dans le sud de l’Angleterre. En 1915, après que leur maison de Walberswick ait été fouillée par le MI5, Charles et Margaret déménagent à Chelsea. Les commandes artistiques sont rares dans le Londres de la guerre et ils ont beaucoup de mal à payer les factures, ne survivant qu’en se tournant vers le design textile et en vendant des peintures à des amis à Glasgow. Parmi ces amis, et vivant également à Chelsea à cette époque, se trouve l’artiste écossais John Duncan Fergusson.

En 1923, Charles et Margaret s’installent dans le sud de la France, pour profiter du climat plus chaud et des prix moins élevés. Mackintosh se tourne vers l‘aquarelle, avec l’intention de monter une exposition à Londres. Son attention aux détails fait de lui un peintre très lent, mais il a terminé 40 peintures lorsqu’il rentre à Londres en 1928.

L’histoire de Charles Rennie Mackintosh peut être résumée par l’évaluation de quatre chaises qu’il avait conçues et qui se trouvaient parmi ses biens à sa mort. Elles ont été décrites comme « pratiquement sans valeur ». Plus récemment, des chaises conçues par Mackintosh ont été vendues aux enchères pour plus de 1,200 euros chacune.

Sir Edwin Lutyens, de son vrai nom Sir Edwin Landseer Lutyens, (né le 29 mars 1869 à Londres, en Angleterre – décédé le 1er janvier 1944 à Londres), architecte anglais connu pour sa polyvalence et sa capacité d’invention dans la tradition. Il est surtout connu pour avoir planifié la ville de New Delhi et conçu la maison du vice-roi.

Après avoir étudié au Royal College of Art de Londres, il a fait son stage en 1887 dans un cabinet d’architectes, mais il l’a rapidement quitté pour s’installer à son compte. Dans ses premiers travaux (1888-95), il assimile les formes traditionnelles des bâtiments locaux du Surrey. Le style de Lutyens changea lorsqu’il rencontra la paysagiste Gertrude Jekyll, qui lui enseigna « la simplicité de l’intention et le caractère direct de l’objectif » qu’elle avait appris de John Ruskin. C’est à Munstead Wood, Godalming, Surrey (1896), que Lutyens montre pour la première fois ses qualités personnelles de designer. Cette maison, qui équilibre la pente du toit avec de hautes cheminées à contrefort et qui compense les petites portes par de longues bandes de fenêtres, a fait sa réputation. S’ensuit une brillante série de maisons de campagne dans lesquelles Lutyens adapte des styles variés du passé aux exigences de l‘architecture domestique contemporaine.

Exemples œuvres du mouvement Art & Craft

 

     

Photos : Pinterest