« Vers 1900, un geste magnifique : l’Art nouveau. On secoue les nippes d’une vieille culture. » Le Corbusier.

L’Art nouveau est le nom donné en France à un mouvement qui s’est développé simultanément un peu partout en Europe entre 1895 et 1910, en réaction à la tradition classique qui dominait l’univers des arts appliqués à cette période. Tous les domaines sont concernés : verrerie, céramique, tissu, mobilier, orfèvrerie, joaillerie, illustration, peinture, architecture et l’Usine à Design vous en parle.

Jusque là, dans le domaine de l’ameublement et de l’architecture, les créateurs faisaient systématiquement référence à différents styles du passé pour dessiner leurs projets. Ils n’avaient pas de style propre. On parlait alors d’ « éclectisme ».

C’est à ce moment que de jeunes créateurs de meubles et des architectes, conscients de cette course au pastiche, ont voulu s’affranchir de cette tradition.

Dans une période en pleine évolution, les créateurs de mobilier et les architectes veulent produire des objets et des bâtiments de leur temps. Leur temps, c’est celui de la révolution industrielle et des nouvelles potentialités qu’elle offre. Il faut donc imaginer des meubles, des objets, des architectures à partir de cette nouvelle donne. En somme, utiliser les nouveaux moyens offerts par l’industrie pour insuffler une nouvelle sève dans les projets. Par exemple, l’architecte ne doit pas avoir peur de mettre en avant dans son bâtiment des poutres métalliques produites industriellement. Ainsi Hector Guimard, architecte français, usera de la standardisation industrielle dans la conception des bouches d’entrée d’escalier du métro parisien, toutes composées d’un assemblage d’éléments métalliques produits en série.

A Nancy, berceau français de l’Art nouveau, les verriers Emile Gallé et les frères Daum qui dirigent des manufactures n’hésitent pas à mettre en place de nouvelles techniques de production rendues possibles grâce à l’innovation industrielle, pour faire naître des vases, des lampes, des flacons de haute qualité technique et au style unique.

Mais cela ne veut pas dire qu’il faut bannir le travail manuel. L’ère industrielle en est encore à ses débuts et ne permet que trop rarement la production de pièces raffinées. La plupart des objets, meubles, éléments d’architectures produits industriellement à cette époque sont dénués de toute « beauté ». 

Le souci du style n’est certes plus une obsession mais il ne faut pas pour autant occulter l’esthétique des projets. Le travail de la main de l’homme est encore bien utile pour donner un sens esthétique aux objets à ce moment là. Il faut se souvenir de William Morris, l’instigateur de l’Arts & Crafts  (voir article Arts & Crafts) qui prônait un rapprochement de l’art et de l’artisanat dans la production des objets et des meubles pour contrer la fatalité de la laideur des objets produits industriellement.

 Les maîtres d’arts, verriers, ébénistes, tapissiers, céramistes pour ne citer qu’eux sont donc encore bien en place et travaillent de concert avec les nouvelles techniques de production industrielle pour donner vie à des pièces au style novateur. 

L’Art nouveau se caractérise par des meubles et des architectures aux formes asymétriques, aux lignes souples et ondulantes, dites « coup de fouet » qui évoquent la nature. Toutes les créations issues de l’art nouveau arborent des motifs floraux (chardons, ombellifères, nénuphars) et/ou animaliers (libellules, chauve-souris).

L’Art nouveau se caractérise aussi par la mise en valeur des matériaux, dont il faut faire ressortir la qualité intrinsèque. Fini les placages, les laques, les incrustations, il faut mettre en valeur la propre matérialité de l’objet. Les essences de bois sont sublimées par le jeu des lignes courbes et parfois par quelques insères en bronze qui viennent s’ajouter sur le mobilier. 

Le lit nénuphar de Louis Majorelle est un parfait exemple de ce raffinement. Tout d’acajou, seuls les pieds sont recouverts de motifs floraux en bronze doré, faisant ainsi ressortir l’acajou qui constitue la structure du lit.

Mais ce lit « Aux Nénuphars » ou sa table « Aux orchidées », sont aussi le parfait exemple des dérives de l’Art nouveau. A vouloir fuir les styles passés, les créateurs de mobiliers se sont retrouvés pris à leur propre piège, en créant un style à part entière. Un style avec un répertoire bien défini, motifs floraux, motifs animaliers, matériaux nobles, qu’ils appliquaient dans chaque nouvelle création. De nombreux créateurs vont s’engouffrer dans la brèche et produire des meubles au style « Art nouveau » prévisible. Pour le pire comme pour le meilleur.

Né pour contrer le concept même de style, l’Art nouveau fut pourtant le dernier style du XIXème siècle. Ce mouvement prendra fin dès l’année 1910.