L’édition d’objets et de meubles design revêt bien des parures. De la grande série à la pièce unique, de multiples possibilités s’offrent aux designers pour voir leurs créations éditées (voir notre article sur le métier d’éditeur).

L’édition limitée en est une et à la côte. Le point par l’Usine à Design.

Si l’on remonte aux origines du design contemporain, c’est à dire à la fin des années 1920 avec la naissance du mouvement Moderniste, l’objectif des créateurs de mobilier était de dessiner des pièces qui puissent être produites en série à moindre coût pour être ensuite vendues à des prix abordables. L’essor industriel leur offrait cette possibilité. 

Pendant longtemps, le design a donc été synonyme de projets produits en série vendus à des prix raisonnables.

Puis progressivement ce paradigme s’est dissipé. Dès les années cinquante, certains éditeurs de design ont commencé à proposer des séries plus limitées de créations vendues au prix fort. Véritable come-back au temps de l’Art déco lorsque les créateurs concevaient en édition limitée ou en pièce unique des meubles onéreux destinés à une clientèle aisée ! 

Lampe Moaïs de Ionna Vautrin, édition limitée, 2010. © Tools Galerie Paris

Aujourd’hui la situation est toujours d’actualité et l’édition limitée est une tendance forte du design contemporain. 

Plusieurs causes à cela :

Tout d’abord, la pratique du design a littéralement explosé ces dernières années. Les designers sont de plus en plus nombreux sur le marché, et les places sont chères pour voir un de ses projets être édité par une marque de design. (voir notre article sur l’édition).

Beaucoup de designers ont donc trouvé une alternative : l’auto-édition.

Le designer ne compte que sur soi-même, il prend tout à sa charge depuis le premier coup de crayon jusqu’à l’aboutissement final du projet.

Dans ce cas généralement, le designer produit ses projets en édition limitée, faute de ressources suffisantes pour assumer de grandes séries.

Il en est ainsi pour la jeune designer anglaise Pia Wüstenberg qui édite sous son propre label sa série de vases « Stacking vessels ».

Ensuite, face à l’explosion du nombre de designers, certains professionnels n’ont pas hésité à surfer sur le phénomène en créant de petites maisons d’éditions spécialisées dans l’édition de jeunes designers : Superette, Edition Sous Etiquette par exemple. Leurs catalogues ne présentent que des projets en petites séries, ces jeunes structures ne pouvant pas assurer des coûts de production trop élevés.

Assise La Chose de Cédric Ragot, édition limitée, 2003. © Ymer&Malta;

Ces derniers temps, pas un mois ne se passe sans qu’apparaissent de nouvelles maisons d’édition de ce type.

Enfin, les galeries spécialisées dans les séries limitées de jeunes créateurs poussent elles aussi en masse. Dernière en date à Paris, la Coming Soon galerie.

Mais si au temps de l’Art déco, l’édition limitée était un véritable label qui différenciait clairement les meubles et objets fait à la main avec des matériaux nobles des pièces produites en série et qui inondaient le marché, aujourd’hui cette franche opposition a disparu.

Les pièces en édition limitée actuelles peuvent être produites industriellement, et conçues à partir de matériaux moins nobles issus de l’industrie.

Lampe de table Stringimi d’Alessandro Marelli, 2010.

Ainsi la série de lampes « Moaïs » de la designer française Ionna Vautrin, éditées à quinze exemplaires par la Tools Galerie. Ces lampes se composent d’un abat-jour en polycarbonate sérigraphie et aluminium anodisé ou laqué qui repose sur un pied en acier roulé.

De même pour « La Chose », assise d’appoint dessinée par Cédric Ragot et éditée par la galerie Ymer&Malta, en fibre de verre et résine polyester.

A l’inverse, l’édition limitée peut être synonyme de productions extrêmement simples faites à partir de matériaux/objets récupérés dans notre quotidien. En somme, des « ready-made » que tout un chacun peut réaliser soi-même, avec un peu d’imagination.

Alessandro Marelli, designer émergent italien, a créé de cette façon la lampe de table « Stringimi » à partir d’un étau, d’un morceau de bois, d’un fil électrique et d’une ampoule présentée dans son plus simple appareil. On est loin des dogmes de l’Art déco !

Fauteuil Spherical Bomb de Robert Stadler, 2011. © Carpenters Workshop Gallery

Enfin, l’édition limitée peut toujours flirter avec le luxe avec des projets aux lignes épurées et usant de matériaux nobles. Tout de cuir, le fauteuil « Spherical Bomb » de Robert Stadler et édité par la Carpenter Workshop Gallery parle de lui-même.

De nos jours, l’édition limitée ne rime donc plus uniquement avec luxe comme à l’époque de l’Art déco. Avec le temps, le design a su s’affranchir des codes traditionnels issus de ce courant pour nous proposer des objets exclusifs divers et variés.

Mais il y a un point sur lequel l’édition limitée n’a pas évolué : le prix. S’offrir une pièce de designer produite en petite série à un coût ! 

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