Les assemblages aveugles sont des solutions de fixation permettant de réaliser une liaison mécanique lorsque l’accès n’est possible que d’un seul côté de l’ouvrage. Ils sont très utilisés en tôlerie, carrosserie, bâtiment léger, électronique, marine et aéronautique. Leur intérêt principal est la rapidité de pose et la capacité à assembler des pièces creuses ou des structures présentant un accès limité. Toutefois, le choix du type et du matériau a une incidence directe sur la tenue mécanique, la durabilité et la résistance à la corrosion.
Familles courantes et caractéristiques
On distingue plusieurs familles d’assemblages aveugles : les rivets aveugles classiques (rivet pop), les rivets aveugles structurels (légèrement plus robustes), les rivets à expansion, les rivets à sertir et les rivets auto-perçants. Les rivets pop conviennent aux applications légères et moyennes, la pose s’effectue avec une pince manuelle ou pneumatique. Les rivets structurels et les rivets à sertir offrent une capacité mécanique supérieure et sont employés quand la sécurité ou la tenue de charge sont critiques. Les rivets auto-perçants sont fréquemment utilisés dans l’automobile pour joindre deux tôles sans pré-percer.
Matériaux et performances typiques
Le matériau du rivet et celui des pièces assemblées influent sur la résistance en traction, en cisaillement et sur la susceptibilité à la corrosion galvanique. À titre indicatif, des ordres de grandeur courants pour les matériaux sont :
- Aluminium (alliages usuels) : résistance à la traction de l’ordre de 200 à 350 MPa.
- Acier doux (galvanisé ou non) : 350 à 600 MPa selon la nuance.
- Acier inoxydable (série 300) : 520 à 750 MPa pour des nuances courantes.
- Laiton/cuivre : 200 à 300 MPa, utilisé pour des applications électriques ou esthétiques.
En pratique, ces valeurs se traduisent par des ruptures en traction pour un rivet de 4 mm en aluminium autour de 4 à 6 kN, tandis qu’un rivet acier de 6 mm peut dépasser 10 à 15 k. Les nombres exacts dépendent de la géométrie, de la qualité de pose et de la précontrainte appliquée lors du sertissage.
Choix selon l’application
Pour choisir une fixation aveugle, tenez compte des critères suivants : charge attendue (traction et cisaillement), matériau des pièces, épaisseur cumulée, environnement (corrosion, température), et accessibilité. Quelques règles pratiques :
- Carrosserie et tôle fine : rivets aveugles en aluminium ou en acier inoxydable pour limiter la corrosion et la déformation.
- Assemblages structurels : rivets structurels en acier ou inox posés à la presse ou avec outils adaptés, essais de charge exigés.
- Matériaux creux ou faibles : choisir des modèles à collerette large ou à expansion pour répartir la charge et éviter l’arrachement.
- Assemblages mixtes (aluminium/acier) : prévoir des traitements anticorrosion et éventuellement des entretoises isolantes pour éviter la corrosion galvanique.
Mise en œuvre et outillage
La qualité de la pose est déterminante. Une tête mal formée, un trou surdimensionné ou une mauvaise valeur de précontrainte réduisent significativement la résistance mécanique. Les outils vont de la pince manuelle, économique et adaptée pour les séries réduites, à la pince pneumatique ou hydraulique pour la production en série. Pour les rivets structurels et les applications critiques, la presse hydraulique ou la machine dédiée permet d’obtenir une géométrie répétable et une précontrainte contrôlée.
Contrôle qualité et essais
Pour les assemblages sollicités, il est recommandé d’effectuer des essais d’arrachement (traction) et de cisaillement sur des pièces témoins. Les fabricants publient des courbes et des fiches techniques indiquant les charges admissibles en fonction du diamètre, du matériau et de l’épaisseur. Un contrôle visuel systématique permet de déceler des têtes mal formées ou des fissures. Pour les applications de sécurité, documentez les procédures et conservez des rapports d’essais.
Durabilité et corrosion
La corrosion galvanique est un risque lorsqu’on assemble deux métaux dissemblables en présence d’un électrolyte. Par exemple, l’acier en contact direct avec l’aluminium peut accélérer la corrosion de l’aluminium. Les solutions incluent l’usage d’éléments en acier inoxydable, l’application de revêtements protecteurs, ou l’isolation des pièces avec des joints ou entretoises non conducteurs. Pensez également à la compatibilité des traitements de surface (zincage, anodisation) avec l’environnement d’utilisation.
Exemples pratiques et recommandations
Un assemblage de tôle aluminium 1,5 + 1,5 mm pour une application non structurelle pourra être réalisé avec des rivets aveugles aluminium diamètre 4 mm ; la tenue en traction utile sera de quelques kilonewtons mais la sécurité dépendra de la répartition des charges et de la fatigue. Pour une structure porteuse légère, privilégier des rivets acier de 5 à 6 mm ou des rivets structurels et prévoir des essais. Enfin, pour les assemblages répétitifs en production, investir dans une installation d’outillage adaptée réduit les rebuts et assure la conformité.
Sources et normes
Prenez pour référence les fiches techniques des fabricants, les bases de données matériaux (par exemple MatWeb) et les guides pratiques publiés par des organismes comme l’INRS. Pour les assemblages critiques, référez-vous aux normes applicables et aux recommandations métier. En cas de doute, faites valider le choix par un bureau d’études ou un laboratoire d’essai.
En résumé, la sélection d’un assemblage aveugle repose sur l’équilibre entre facilité de pose, résistance mécanique, compatibilité des matériaux et environnement. Une conception prudente, un outillage adapté et des essais de vérification garantissent la sécurité et la durabilité de l’assemblage.





