Antoine Mazurier est un jeune designer et ébéniste installé à Felletin, dans la Creuse.
D’abord ingénieur, il s’est vite rendu compte que sa place était ailleurs. 
Récit d’un parcours atypique, de l’ingénierie à la création.

Diplômé d’une grande école d’ingénieur en 2005, Antoine Mazurier va travailler durant cinq années dans la gestion de projets industriels et urbains.
Mais rapidement, il déchante. Antoine ne se sent pas en phase avec son emploi. Au fond de lui il se verrait plus dans un atelier à travailler le bois : ébéniste, menuisier, il ne sait pas trop. Il a toujours aimé concevoir, dessiner, bricoler depuis l’enfance. Pendant ses études déjà, Antoine sentait bien que sa place n’était pas là.  Mais à ce moment, il n’ose pas encore tout remettre en question et la création reste au stade du passe-temps favori.
En 2009 c’est le déclic, il décide de prendre des cours du soir à l’école Boulle pour devenir ébéniste. Une véritable révélation pour lui.
Il y apprend le travail du bois, il découvre ce matériau, ses spécificités, ses outils.
En 2010, diplôme en poche, il lâche définitivement la gestion de projet pour l’établi.
D’emblée, il décide d’être indépendant et de monter son propre atelier. Il quitte Paris pour s’installer dans la Creuse après qu’un groupe d’amis l’ait convaincu de l’y rejoindre. Choix personnel aussi puisqu’Antoine est lassé des turpitudes des grandes villes et particulièrement attiré par cette région où se mettent en place de plus en plus d’initiatives. Pari osé, mais le goût du risque ne lui fait plus peur. Antoine est déterminé. 
Dans son atelier, il offre à une clientèle privée et aux collectivités un service d'ébénisterie sur-mesure et produit aussi sa propre ligne de mobilier et d'objets, en édition limitée ou pièce unique. 
Car contrairement à la plupart des designers, son but n’est pas uniquement de dessiner des pièces pour les voir ensuite éditées par des marques de design. C’est aussi et surtout de fabriquer lui-même ses pièces.
Antoine se fait aussi le fabricant de meuble d’autres designers. Il les aide à mettre en forme un prototype ou un projet abouti. 

Antoine Mazurier aime la belle facture. Il exécute l’ensemble de ses pièces à la main, comme une alternative à un design de plus en plus industrialisé et banalisé.
Il aime l’idée de l’unicité, rendue possible grâce à un mode de production non standardisé. Avec un travail à dimension artisanale, chaque pièce produite est forcément unique et différente.
Pour autant, il ne s’inscrit pas dans le cliché de l’ébéniste capable de produire des pièces extrêmement sophistiquées. Bien qu’il reconnaisse la qualité d’une marqueterie élaborée, d’un placage, d’une incrustation minutieuse de pierres précieuses, ce n’est pas vers ce type de mobilier que tend son travail.
Il puise plutôt son inspiration du côté de Jean Prouvé, Charlotte Perriand, Le Corbusier, des créateurs de mobiliers dont les pièces dégagent une certaine brutalité en comparaison à des meubles signés par l’ébéniste André-Charles Boulle. 
La belle exécution ne se définit pas forcément dans le souci du détail. Elle peut aussi se caractériser dans la manière de sublimer un matériau, comme a su le faire Jean Prouvé avec ses mobiliers en métal brut de découpage ou encore Charlotte Perriand dans ses projets de tables dont les plateaux en bois sont mis en valeur par leur massivité. 
Les meubles d’Antoine sont simples, géométriques, dénués de toute ornementation superflue. Pas de fioriture décorative, le matériau est mis à nu.
Antoine Mazurier attache aussi une grande importance à l’écologie. C’est une composante essentielle de sa méthodologie. Il met tout en œuvre pour limiter au mieux l’impact de son travail sur l’écologie notamment l’utilisation de produits de finitions respectueux de l’environnement.

Antoine Mazurier est en activité depuis maintenant deux ans. Sa notoriété commence à venir. Dernièrement, il a été sélectionné pour participer à une exposition présentant le travail de six jeunes designers français émergents au concept store Centre commercial à Paris.
Son souhait le plus cher pour le développement futur de son atelier serait de réussir à en faire un lieu qui fédère entre eux de jeunes créateurs. Un lieu bouillonnant où chacun pourrait apporter sa sensibilité et ses compétences pour faire naitre des projets multiculturels et riche de sens. 
Un peu à l’instar de l’atelier A au début des années 70, fondé par l’artiste François Arnal et dont le but était de permettre à des créateurs de divers horizons de se regrouper pour créer ensemble des objets, loin de la solitude de l’atelier. Ce groupe a existé de 1969 à 1972. En route pour un nouvel atelier A ?